Soutenons les Coopératives Citoyennes de production d’énergie renouvelable

image_pdfimage_print

Une opinion de Michel Lecomte

Dès ses débuts, le Mouvement VEGA s’est toujours prononcé pour une sortie de l’énergie nucléaire et a participé, avec une motivation renforcée par la multiplication des accidents dans nos plus vieilles centrales, à plusieurs actions pour le faire savoir : manifestations, demande de démission du directeur de l’AFCN, plainte contre Electrabel et, toujours en cours, préparation d’une plainte collective contre le redémarrage des centrales T2 et D3 dont la sécurité est mise en doute, suite à l’apparition de fissures dans les cuves des réacteurs.

S’opposer à une situation que l’on juge intolérable et dangereuse pour la population est, évidemment, sain et nécessaire pour un mouvement qui se veut vert et social. Le nucléaire, même dans des cuves performantes, reste une énergie dangereuse, économiquement peu performante – sauf pour les actionnaires – car il faut prendre en compte le coût pour les  générations futures de la gestion des déchets radioactifs qui auront une durée de vie infiniment plus longue que la durée d’utilisation de ce mode de production d’électricité dont, rappelons-le, la quantité de carburant disponible est en diminution.

Par ailleurs, il est temps que la production d’électricité revienne aux mains des citoyens et que, tout en continuant à dire que nous sommes contre le nucléaire, nous montrions que nous sommes pour les énergies renouvelables, dont la mise en œuvre est crédible, réalisable, mais aussi performante.

Comment, me direz-vous. Ente autres, en soutenant les Coopératives Citoyennes de production d’énergie renouvelable qui existent déjà sur notre territoire. Ces coopératives investissent dans des outils de production dont ils sont propriétaires grâce aux parts sociales achetées par les citoyens. Beaucoup ont commencé par acheter des éoliennes car c’est ce qui est le plus facilement accessible. En effet, les grands groupes qui investissent dans des parcs éoliens ont bien compris qu’ils arriveront plus facilement à convaincre la population s’ils ont une coopérative citoyenne à leurs côtés et qu’ils éviteront ainsi des recours interminables. Ils permettent donc aux coopératives de devenir propriétaires d’une petite partie du parc. Pourtant, de nombreux citoyens se prononcent contre les éoliennes, à tort ou à raison, ce n’est pas l’objet de cet article.

Toujours est-il qu’une fois le permis octroyé, les éoliennes seront installées. Et le gouvernement wallon pousse à l’installation pour respecter ses engagements en matière de limitation des émissions de CO2. Faut-il que la population subisse les éventuels inconvénients pendant que des investisseurs, souvent étrangers, engrangent les bénéfices, alors qu’une éolienne s’amortit en 3-4 ans puis rapporte 600 000 € chaque année pendant 25 ans ?

En devenant coopérateur d’une coopérative citoyenne, on peut gérer collectivement et localement les éventuels inconvénients tout en récoltant les bénéfices, qui ne dépasseront jamais 6% puisque ces coopératives sont toutes à finalité sociale. Ce faisant, on remet la main sur une part de la production de notre énergie.

Que fait-on avec le reste du bénéfice, alors ? Et bien, on investit dans d’autres éoliennes ou dans d’autres énergies renouvelables. C’est ainsi que plusieurs micro-turbines ont été installées sur des petits cours d’eau et que des projets de bio méthanisation voient le jour un peu partout. Plusieurs coopératives réfléchissent également à une manière de mettre en valeur la production des nombreux panneaux photovoltaïques installés sur les toits de citoyens qui pensaient faire un geste pour la planète et se sentent maintenant punis par une taxe supplémentaire.

Une autre manière de montrer son opposition à l’énergie nucléaire serait de se désabonner de chez Electrabel ou de tout autre fournisseur qui n’entre pas dans une véritable démarche de transition vers des énergies renouvelables. Pour nous y aider, c haque année, Greenpeace publie son classement des fournisseurs d’électricité belge. Il en ressort, depuis plusieurs années, qu’un seul fournisseur est réellement vert à 100% en Wallonie : Energie 2030, qui est une coopérative citoyenne qui investit dans les énergies renouvelables.

En devenant coopérateur, on obtient un tarif préférentiel et, chaque année, elle reverse au coopérateur un dividende dont la hauteur est fixée par l’AG à laquelle on peut assister. Ce dividende peut dépasser les 6% (il a été de 6,5 % la dernière fois) puisque cette coopérative-ci n’est pas « à finalité sociale ».

Toutefois, cette année, en allant lire la « foire-aux-questions » (FAQ) du site de Greenpeace, on apprend qu’une autre coopérative est considérée comme 100 % verte et wallonne mais ne figure pas dans le classement parce que trop récente. Elle s’y trouvera l’année prochaine. Cette coopérative, appelée Cociter, est une coopérative à finalité sociale qui ne commercialise que l’électricité produite par les coopératives citoyennes qui produisent grâce à leurs éoliennes ou leurs centrales hydrauliques.

En achetant des parts sociales dans l’une de ces 8 coopératives participantes, vous obtenez un tarif préférentiel. Comme déjà dit plus haut, ces coopératives, dès qu’elles ont une éolienne qui tourne depuis 3-4 ans, peuvent verser un dividende de maximum 6 % si l’AG en décide ainsi.

Parmi ces coopératives, il en est une, HesbEnergie, qui verra la construction de sa première éolienne débuter en septembre 2016 et qui a obtenu le permis pour une seconde éolienne dont la date des travaux n’a pas encore été fixée. C’est donc maintenant qu’elle a besoin de nouveaux coopérateurs pour financer ces travaux en recourant le moins possible aux banques qui n’attendent que d’être sollicitées pour encaisser des intérêts supplémentaires ; elles savent, elles, ce que rapporte une éolienne et n’hésitent pas à financer ces projets jusqu’à 80 %.

Quand on regarde ce que rapportent à l’heure actuelle les comptes d’épargne… c’est un argument de plus pour participer à ces coopératives.

Méfiance toutefois car de nombreux acteurs de la production énergétique ont remarqué l’attrait des citoyens pour ces coopératives et ont lancé la leur. Ce sont, en fait, des appels à financement mais le coopérateur n’a aucun pouvoir de décision au sein de l’AG. Il faut donc lire consciencieusement les statuts et autres documents, avant que de signer une adhésion à quoi que cela soit… Renseignez-vous et soutenez de préférence les  coopératives réellement citoyennes.

On nous a imposé la libéralisation du marché de l’énergie, profitons-en pour restaurer un contrôle citoyen sur ce domaine qui n’aurait jamais du être cédé au privé. Engie et Areva sont en difficulté financière en France et les rumeurs disent qu’Engie aimerait se séparer d’Electrabel. Une grosse perte d’abonnés précipiterait certainement les choses.

La meilleure façon de rétablir notre contrôle sur nos besoins en énergie, c’est de mettre en place des solutions citoyennes et renouvelables qui nous permettent de nous passer des grandes multinationales liées au nucléaire !