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Le Mouvement VEGA soutient la protestation des spécialistes du SIDA publiée en Une du journal Le Soir ce mardi 20 mai 2014. Ces médecins pointent la politique migratoire inhumaine pratiquée par le gouvernement contre des étrangers gravement malades.

Cette politique est devenue tellement restrictive que certaines décisions d’expulsion relèvent du traitement cruel ou inhumain interdit par l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme. Elle contraint des médecins de l’administration à bafouer les engagements moraux requis par l’exercice de la médecine. Cela met d’autant plus mal à l’aise que la Secrétaire d’Etat De Block, en charge de ces dossiers, est elle-même médecin.

Par sa voix, le gouvernement soutient généralement qu’il existe des traitements dans les pays où il expulse les personnes atteintes du SIDA ou d’autres maladies graves.

La seule « existence » de traitements dans les pays où le gouvernement expulse ne devrait pas le dispenser d’une analyse plus fine de la réalité médicale de ces pays, notamment à la lumière des rapports de l’OMS et d’ONUSIDA, souvent très circonspects.

Cette analyse devrait être effectuée au départ des questions suivantes.

  • Quelle est la disponibilité effective des médicaments requis ? Les thérapies nécessaires exigent souvent que l’ensemble des molécules indispensables soient en permanence disponibles (sans pénurie ni ruptures de stocks).
  • Quelle est l’accessibilité financière du traitement ? Dans les pays concernés, vu l’inexistence d’un authentique système de sécurité sociale et la grande pauvreté généralisée, elle est souvent réduite, sauf pour les plus fortunés.
  • Quelle est l’accessibilité géographique du traitement ? Le traitement n’est pas souvent disponible en dehors de la principale ville du pays. Lorsque le pays est étendu ou la mobilité difficile, l’accessibilité réelle du traitement est aléatoire pour quiconque vit en dehors de cette grande ville.
  • Combien le pays de destination compte-t-il de médecins spécialisés aptes à prescrire, évaluer, réorienter un tel traitement ? Le nombre de médecins pour 1.000 habitants (statistiques OMS disponibles en ligne) n’est pas toujours rassurant.
  • Quelle est la fiabilité des médicaments disponibles ? Nombre de pays en développement sont actuellement inondés de médicaments contrefaits ou périmés.
  • L’infrastructure souvent requise pour un suivi réellement efficient (appareils d’imagerie médicale, laboratoires…) est-elle disponible en quantité et en qualité suffisantes, et avec un personnel sachant l’utiliser, l’entretenir et le réparer (médecins, mais aussi techniciens) ?

Le gouvernement belge lui-même fournit un autre critère d’analyse : son évaluation du système de santé de certains pays où il expulse pourtant des personnes atteintes de maladies graves. Ce diagnostic est souvent très réservé sous la rubrique “Conseils aux voyageurs (belges)” du site des Affaires étrangères. Il est souvent recommandé d’organiser l’évacuation du malade (belge) vers des pays médicalement plus sûrs, à moins qu’il puisse être admis dans telle ou telle clinique réservée aux plus riches ou aux expatriés… Comment ce qui n’est pas fiable pour un patient belge le devient-il pour un patient étranger ?

Pour VEGA, toute personne étrangère atteinte d’une maladie grave diagnostiquée par un médecin doit bénéficier en Belgique des soins requis par son état de santé, ainsi que d’un titre de séjour au moins provisoire. VEGA soutient les médecins qui réaffirment l’éthique de leur métier. C’est une saine réaction immunitaire contre l’intégrisme budgétaire du gouvernement PS-MR-CDH et les gages qu’il donne à un égoïsme barbare. Les étrangers gravement malades en payent le prix. Notre démocratie contaminée aussi.