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En réponse à l’article paru ce mardi 9/2 dans le Journal Métro, qui faisait écho à notre communiqué, le professeur Labeau a fait paraître ce 11/2 un droit de réponse dans le même journal.

Nous apportons ici quelques réponses/précisions aux critiques de ce dernier.

Nous tenons tout d’abord à préciser que nous n’avons jamais affirmé que le professeur Labeau était directement payé par Engie pour son travail d’enseignant dans le cadre du BNEN. Il arrive malheureusement de plus en plus souvent que des professeurs d’université créent un sus de leur poste universitaire une structure privée via laquelle ils se font rétribuer des travaux d’expertise. Mais à notre connaissance, se faire payer par le privé pour enseigner dans un cadre universitaire est simplement illégal. Ce que nous avons pointé dans notre communiqué et que nous estimons dangereux et peu éthique est le fait qu’un programme de formation délivré dans un cadre universitaire soit directement sponsorisé (fut-ce pour des aspects administratifs) par un acteur privé. Bien évidemment, nous considérons ce principe dangereux dans d’autres secteurs également (pharmaceutique, médical,…) et pas uniquement concernant le secteur nucléaire.

Le professeur Labeau reconnaît dans son droit de réponse qu’Electrabel finance son travail de recherche (ce que notre communiqué ne mentionnait d’ailleurs pas) mais explique que le fait que ce travail ne concerne pas les activités nucléaires d’Electrabel mais bien une autre activité commerciale de cette firme, l’éolien, prouve sa neutralité dans le dossier nucléaire.   C’est pourtant le fait que la recherche du professeur Labeau soit financée par Electrabel, que ce soit sur un projet lié au nucléaire ou non, qui constitue en soi un problème à nos yeux.  En rétorsion d’un rapport défavorable à la prolongation de D3, Electrabel aurait par exemple pu couper dans ce financement (ou dans celui d’un futur projet de recherche).  C’est cela qui pose question, le fait d’avoir à porter un jugement sur la poursuite ou non de l’activité commerciale très rentable d’une entreprise qui par ailleurs subventionne votre travail de recherche.

Dans notre communiqué, nous avons explicitement et sciemment parlé de collusion “consciente ou non”.  Nous ne nous attachons pas à la probité de tel ou tel chercheur concerné mais à des mécanismes globaux, aux liens objectifs et matériels qui existent aujourd’hui entre Engie/Electrabel et les instances de décision de notre pays (avec des anciens responsables de cette entreprise en poste à l’AFCN ou dans des cabinets), lesquelles s’appuient sur l’avis de chercheurs qui eux-aussi sont pour une certain nombre liés à cette entreprise pour le financement de leur recherche. Bref, il nous semble que les conditions d’une réelle indépendance ne sont pas réunies

Le Professeur Labeau souligne dans son droit de réponse que le fait que nous mettions en doute la totale indépendance d’un rapport produit par des experts liés d’une manière ou d’une autre à l’entreprise concernée, ou plus généralement au maintien de la filière économique liée à leur activité de recherche, devrait nous amener à disqualifier  le rapport d’autres experts financés eux par Greenpeace ou Les Verts.   Son argument fait sens mais nous y voyons toutefois deux objections majeures.  Premièrement, le rapport Bogaerts que nous citons n’est à notre connaissance financé ni commandité par aucune organisation anti-nucléaire ou écologiste. Et deuxièmement, les rapports cités n’ont au contraire de celui produit par le professeur Labeau et endossé par l’AFCN comme justificatif pour maintenir en fonctionnement D3, aucune implication concrète sur le maintien ou non des réacteurs.  Ces autres rapports permettent de montrer que la communauté scientifique n’est pas unanime, ce que nous nous contentons de mentionner dans notre communiqué.

Enfin, le professeur Labeau semble mal comprendre notre argumentaire sur la composition des comités d’experts.  Quand nous réclamons le fait de faire appel à des chercheurs étrangers, nous demandons en fait le respect de deux principes pour éviter tout risque de conflit d’intérêt : ne pas recourir à des experts belges liés à des intérêts nucléaires chez nous (c.-à-d. Electrabel) et ne pas recourir à des experts étrangers liés à des intérêts nucléaires tout court. En effet, faire appel à des chercheurs nationaux actifs dans le domaine du nucléaire, vu le monopole de cette entreprise dans ce secteur chez nous, c’est prendre le risque de solliciter des chercheurs dont le travail est financé de près ou de loin par Electrabel, ou en tout cas des chercheurs dépendant du fait que l’on ne sortira pas de la filière nucléaire dans ce pays.  Faire appel à des chercheurs étrangers eux aussi liés au lobby nucléaire n’est évidemment pas plus satisfaisant. A cet égard, et à titre d’exemple puisque cet élément est relevé par le professeur Labeau, le chercheur allemand du groupe d’experts qu’il a présidé, le Dr. Helmut SCHULTZ, est un ancien de chez GRS, l’équivalent allemand de Bel V. Cette structure, avec ses équivalents d’autres pays européens “nucléarisés” (dont BelV pour la Belgique) organise chaque année un grand forum baptisé “EUROSAFE Forum”.  Lors de l’édition 2015, ce forum avait comme orateur en séance plénière Pierre Doumont qui est Senior Vice President Nuclear Safety & Radiation Protection du groupe Engie/Electrabel (Source).  Ce simple exemple, il en existe bien d’autres, à savoir le fait de retrouver contrôleur et contrôlé se côtoyant dans un tel événement, ne fait que renforcer notre conviction de liens dangereux entre monde industriel et contrôleurs de la sécurité nucléaire, ce qui nous semble précisément poser question.    Le dernier reproche que nous avons formulé est le fait de faire appel pour présider ce groupe d’experts étrangers, à un chercheur belge, à fortiori un chercheur dont la recherche est financée par Electrabel, ce qui est le cas du professeur Labeau ainsi qu’il le reconnaît lui-même.

En résumé, les objections du professeur Labeau ne contredisent en rien les informations contenues dans notre communiqué.  Elles nous confortent au contraire dans notre conviction qu’il conviendrait d’écarter plus systématiquement les personnes directement ou indirectement liées à Engie/Electrabel et plus globalement aux acteurs privés du secteur nucléaire, dès lors qu’il s’agit de produire des expertises et/ou de rendre des avis qui impactent directement ces entreprises privées et leurs intérêts économiques.