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Carte blanche co-signée par plusieurs membres du Mouvement VEGA, parue dans le Soir ce mardi 5 février 2014.

La violence des milices paramilitaires d’Aube dorée ciblant notamment des artistes et des étrangers a déjà tué. L’examen de la demande d’asile de Monsieur Bah par le Commissaire général aux réfugiés et apatrides ne saurait l’ignorer.


 

Mamadou Bah est un Guinéen qui a dû fuir son pays en 2006 et a abouti en Grèce où il a obtenu le statut de réfugié politique en 2012. Pendant ces six années, il a travaillé sans discontinuer dans le secteur de la restauration tout en militant activement en faveur des réfugiés et des sans papiers, devenant notamment le secrétaire de l’Union des Ressortissants Guinéens de Grèce. En mai et juin 2013, des miliciens du parti néonazi grec Aube Dorée ont agressé Mamadou Bah à deux reprises, la première fois en le laissant pour mort, le front éclaté et en sang. Mamadou Bah est donc une des innombrables victimes de ces modernes «sections d’assaut», faisant régner leur loi dans les quartiers populaires et la terreur dans les villes grecques.

S’il a été accueilli chez nous par le milieu antifasciste, antiraciste et syndicaliste, c’est à un double titre.

Tout d’abord, suite au danger qu’il encourt s’il devait rester en Grèce, déjà en tant qu’Africain, sa seule origine l’exposant à tout moment, comme tous ses frères et soeurs «de couleur», à de nouvelles «ratonnades» mortelles.

Mais aussi et surtout, désormais en tant qu’opposant politique. Car si la première fois qu’il a rencontré le peloton motorisé qui a failli le massacrer, c’est tout simplement en quittant son travail, dans un des quartiers populaires où ceux-ci mènent de véritables pogroms, la seconde, ce n’est plus dû au «hasard» d’une mauvaise rencontre. Le même gang était clairement revenu «achever la besogne» et c’est un miracle qu’il a pu leur échapper, ne devant son salut qu’à sa fuite éperdue.

Un cri d’alarme

Une tentative de récidive qui tient au fait que, sitôt après leur première agression, Mamadou Bah a osé dénoncer publiquement les exactions systématiques des commandos racistes d’Aube Dorée, et appelé à la mobilisation populaire contre cette terrible menace. A son initiative, son récit et son cri d’alarme ont en effet été médiatisés d’abord par le principal quotidien grec, et depuis lors dans la presse internationale, de Libération à la RTBF, en passant par La Libre et Le Soir.

C’est pourquoi, sur les conseils pressants de ses camarades grecs, eux-mêmes ne pouvant lui garantir de manière suffisante sa sécurité, il a dû se résoudre à l’exil et à chercher refuge dans notre pays. Ignorant son départ, les membres d’Aude Dorée continuent d’ailleurs à le rechercher activement, ratissant le quartier où il travaillait avec sa photo et interrogeant la population locale pour retrouver sa trace, comme en a été alerté le président de l’Union des Ressortissants Guinéens de Grèce.

Face à cette double menace, Il est légitimement en droit de craindre pour sa sécurité et même sa vie. L’Etat grec n’a en rien garanti sa sécurité et a apparemment fermé les yeux sur des attentats racistes et devant les exactions de la police. Cette dernière est d’ailleurs régulièrement mise en question pour ses liens présumés avec l’extrême droite. Son chef aurait ainsi déclaré récemment: «Nous souhaitions prolonger les périodes de détention (des demandeurs d’asile)… nous les avons allongées jusqu’à 18 mois… mais dans quel but? Nous devons rendre leurs vies insupportables.» (Journal Hot Doc du 19/12/2013).

En conséquence, les soussignés soutiennent la demande d’asile de Mamadou Bah et demandent donc à l’Etat belge de lui accorder sa protection, en tant que membre d’un groupe «cible» de discriminations et de la violence d’extrême droite, mais aussi policière, et comme réfugié politique au sens strict, personnellement pourchassé pour ses opinions et ses activités.

Liste des signataires