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Malgré les 3 fois NON lors la consultation populaire, la Ville maintient son projet de centre commercial destructeur.

Le comble de l’ironie : le CDH- parti de Maxime Prévot- se porte au chevet des centres villes, malades des complexes commerciaux qui leur font concurrence

Le 8 février 2015, près de 22.000 Namurois se sont déplacés pour prendre part au référendum sur le projet qui prévoit la suppression du fameux Parc Léopold et de sa trentaine d’arbres pour laisser la place à un centre commercial. Et ils se sont prononcés pour la sauvegarde du Parc. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Sous la pression citoyenne organisée par « le Collectif pour la Sauvegarde du Parc Léopold » (cf. plus de 12.000 signatures récoltées en 2013 et 13.500 en 2014), la majorité communale CDH-MR-Ecolo avait dû mettre sur pied une consultation populaire.

La consultation aurait pu se structurer autour d’une question simple, qui synthétise bien l’enjeu de la pétition : l’implantation d’un centre commercial de 23 000 m², à proximité du centre-ville, vaut-elle la peine qu’on déracine les arbres du parc Léopold ? Mais, contre toute attente, les autorités communales ont décidé de mettre sur pied leur propre consultation. Elles ont remplacé la question citoyenne par 3 questions orientées consistant en une opération de promotion de leur propre projet.

Malgré ce piège tendu par la Ville, une majorité de Namurois ne s’y sont pas trompés et ils ont répondu 3 fois « Non » aux questions. En répondant “non” à la troisième question, près de 60 % des Namurois se sont prononcés en faveur de la sauvegarde du Parc Léopold. Au vu des résultats, le collège communal a bien été forcé d’annoncer qu’il mènerait une concertation avec toutes les parties prenantes pour revoir le projet de centre commercial et dès lors l’adapter.

Après trois mois de travaux, le comité de conciliation constitué par la Ville pour rapprocher les points de vue sur l’aménagement du parc Léopold a débouché sur un échec : le promoteur immobilier privé « Banimmo » n’a pas réduit l’ampleur de son bâtiment. En compensation du parc, dont il ne conserve que quelques arbres, il offre une terrasse arborée à 18 mètres de hauteur, qui sera d’accès libre durant les heures d’ouverture ! Il n’en a pas fallu plus à la majorité communale pour annoncer son intention de poursuivre les procédures. Un référendum pour du beurre ?

Ecologiquement nuisible et économiquement dépassé

Et pourtant, les échecs cuisants en matière d’offre économique de ce type ne manquent pas ailleurs. Le centre commercial “Au fil de l’eau” à Verviers peine à remplir. A Charleroi, le projet Rive Gauche connaîtra probablement les mêmes difficultés. Enfin, le projet du centre commercial “La Strada” qui devait voir le jour à La Louvière est gelé. Il ne rapportera pas assez d’argent, selon le promoteur Wilhelm et Co.

Depuis le printemps 2014, la régionale namuroise du Mouvement VEGA défend dans la rue l’idée de ne pas céder aux sirènes d’investisseurs prometteurs de lendemains qui déchantent (rentabilité à 5 ans, désaffection des « malls » après retour sur investissement, création d’emplois nulle, destruction du tissu urbain,…). L’heure n’est plus au choix entre centres commerciaux en périphérie des villes ou au coeur de celles-ci. C’est le concept même de méga-structure commerciale qui a fait son temps. L’avenir, ce sont les petites unités commerciales, la relocalisation de l’économie et les circuits courts du producteur (notamment agricole) au consommateur.

Actuellement, une période d’incertitude financière s’ouvre également avec « Banimmo » : le résultat net de l’exercice 2015 devrait être significativement négatif et ne permettra donc pas la reprise du paiement d’un dividende comme la société l’avait envisagé. A noter que c’était déjà le cas en 2013 et 2014. A Namur, Banimmo va-t-il solliciter les coactionnaires institutionnels (SRIW, Meusinvest) comme il le fait à Verviers pour qu’ils augmentent leur mise publique afin de réduire la sienne ? Dans ce cas de figure, ce serait donc encore aux contribuables à mettre la main à la poche.

Défigurer Namur, mais SE refaire une beauté en conférence à Gembloux ?

Au chapitre des incohérences, nous relevons que via son service d’étude (le CEPESS, Centre d’étude économiques, politiques et sociales), le CDH organise ce 29 février 2016 une conférence sur le thème « Donner un avenir à nos centres-villes ». Nous lisons sur l’invitation : “liquidations totales, cellules vides, multiplication des night-shops et vitrines délabrées, marchands de sommeil… La concurrence des grandes surfaces commerciales en périphérie est rude. Depuis plusieurs années, de nombreux centres-villes de Wallonie et de Bruxelles sont en difficulté. Nos rues commerçantes ont vu le nombre de cellules vides passer de 10% à 23% en à peine deux ans !”.

Mot d’introduction par Benoît Lutgen en personne. Un grand absent évidemment à cette agréable rencontre : Maxime Prévot. Un peu facile pour des partis qui s’entêtent à vouloir détruire le Parc Léopold. A Gembloux, le CDH se penche au chevet du commerce des villes malade de la concurrence déloyale des centres commerciaux, mais à 20 km de là, il met son maïorat au service de ce fléau. On peut en dire autant d’Ecolo : bien que n’excluant pas clairement l’implantation d’un centre commercial au centre de Ciney, son co-président Patrick Dupriez tenait en 2014 un discours intéressant sur l’aménagement urbain de la capitale du Condroz, mais les élus namurois de son parti roulent en sens inverse…

Pour VEGA, il faut en finir aussi avec ces expériences de développement sauvage, de concurrence effrénée entre les villes. Elles ne respectent ni l’humain, ni l’environnement, ni l’économie. Elles sont aux antipodes de la nécessaire transition écologique. En plus d’être anti-démocratique, le projet CDH-ECOLO-MR à Namur sera terriblement énergivore et – puisque la Ville prévoit la création de parkings près de Corbeille – il attirera plus de voitures, donc plus de bouchons et plus de rejet de CO2 dans la ville. Le monde entier vient de reconnaître au plus haut niveau, lors de la COP21,  que l’être humain joue sa survie si des mesures drastiques ne sont pas prises pour mettre en oeuvre une économie bas carbone et compatible avec notre biosphère. Maxime Prévot et son équipe (notamment son échevin Ecolo Arnaud Gavroy) feraient bien de s’inspirer des expériences menées par la coalition rouge et verte à Grenoble, ville déclarée « laboratoire de l’écologie politique » en France.