Communiqués
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Les exactions abominables commises par l’Etat Islamique (qui n’est ni un Etat, ni Islamique) en Irak et par des groupes terroristes se réclamant de lui suscitent une émotion immense et légitime auprès de toutes celles et ceux qui sont attachés à la démocratie et au respect absolu de la liberté de conscience. Il est toutefois important de ne pas céder à la dictature de l’émotion ainsi que cela est le cas aujourd’hui.

C’est pourquoi, tout en étant conscient de la difficulté qu’il y a dans le contexte actuel à porter une parole pacifiste et nuancée, le mouvement VEGA tient à exprimer clairement son opposition à l’intervention militaire mise en place et à la participation de la Belgique à celle-ci.

Nous nous y opposons d’abord parce que c’est une option inefficace. Au cours de la dernière décennie, les interventions militaires directes (Irak, Afghanistan, Lybie) ainsi que les soutiens indirects mais réels à des soulèvements nationaux (en Syrie notamment) ont invariablement conduit à un renforcement des groupes fondamentalistes religieux et à une dissolution progressive des Etats accompagnés de reculs sociaux majeurs (recul de l’espérance de vie, systèmes éducatifs démantelés,…). Faire la guerre dans des territoires que l’on connait mal est invariablement un échec, un échec que renforce le plus souvent l’attitude des militaires envoyés sur place (sans vouloir généraliser, ne repensons qu’aux exactions commises dans la prison d’Abou Ghraib).

Nous nous y opposons parce que c’est une option humainement coûteuse. La loi du talion et autres concepts archaïques consistent à penser que l’on répond au sang par le sang.  Nous estimons au contraire que l’on s’oppose à la guerre par l’éducation à la paix, la promotion de la tolérance, et le respect du droit à l’autodétermination. Nous entrainer dans un conflit total est exactement ce que recherche ces groupes terroristes.  Le concept de guerre chirurgicale est mensonger. Comme toujours, ce conflit (et singulièrement les bombardements) fera de nombreuses victimes civiles.

Nous nous y opposons car elle montre à nouveau à quel point nos pays pratiquent une politique internationale à géométrie variable. Il serait simpliste de considérer que l’accès aux ressources fossiles (en particulier au pétrole) permet de tout expliquer.  Mais il est naïf de penser que ceci ne joue pas lorsque l’on constate à quel point certaines théocraties connues pour abriter des foyers majeurs de fondamentalisme religieux ainsi que leurs principales sources de financement sont épargnées, voir clairement soutenues, par les forces occidentales (Qatar, Arabie Saoudite, Yémen,…).  C’est également le cas de l’Etat d’Israël dont on ne dira jamais assez combien l’impunité dont il jouit est funeste.  Cette asymétrie est évidemment visible et nourrit de nombreuses rancœurs qui sont sources d’endoctrinement et de radicalisation religieuse.

Nous nous y opposons encore parce que cela crée chez nous une véritable poussée de xénophobie antimusulmane.  Le fait de voir certains réclamer de la communauté musulmane qu’elle fasse acte public de repentance en est le symptôme le plus évident. Cela entretient l’idée que ceux de nos compatriotes qui sont de confession musulmane (confession à laquelle on les réduit) auraient un quelconque lien avec ces terroristes.  Le recours à la violence au nom du religieux n’a rien de nouveau. A-t-on demandé aux catholiques de se repentir des victimes de l’IRA, aux israélites de celles de l’armée israélienne à Gaza ? Dans un contexte où le multiculturalisme et le vivre ensemble sont déjà menacés, tout ce qui conduit à dresser des personnes et des communautés les unes contre les autres doit être évité et combattu.

Nous nous y opposons enfin parce que cela coûte des sommes colossales et alimente le marché de l’armement. La Belgique vient de décider d’envoyer six avions F-16 en Irak.  Pour pouvoir demain encore participer à de telles coalisations et ce notamment dans le cadre de l’OTAN, elle va acquérir (dans des conditions qui ne manquent pas de poser question) 40 chasseurs-bombardiers F-35, pour un montant de € 6 milliards ainsi que 290 millions de frais de fonctionnement annuels. Ce budget est énorme, comparé au budget annuel de la Défense (€ 2,7  milliards en 2013) et aux € 17  milliards d’économies supplémentaires promis par les formateurs de la coalition « kamikaze » à la population belge. Il y a peu, il a fallu racler les fonds de tiroir budgétaires pendant plusieurs jours pour financer laborieusement l’envoi d’aide humanitaire par C-130 à Erbil.

Cette guerre est également l’occasion de constater le déficit démocratique qui s’installe au sommet de notre Etat sur les décisions les plus graves.  Notons par exemple que les six F-16 belges ont décollé vers leur base plus d’une heure avant le vote de la Chambre. Faire la guerre n’est pas un acte anodin et mériterait un véritable débat démocratique.

Pour le mouvement VEGA, la Belgique devrait reconvertir son concept de défense vers une défense strictement défensive (politiquement, matériellement et techniquement limitée à la défense du territoire). Les seules interventions hors-territoire admissibles devraient être les opérations de maintien de la paix sur mandat onusien ou les missions d’aide humanitaire, dans les cas où celles-ci ne peuvent être remplies par les ONG et organisations de l’ONU.

Plutôt que de se lancer dans une nouvelles guerre, il s’agit de soutenir réellement et systématiquement les progressistes dans les pays en proie au terrorisme religieux quel qu’il soit (soutien civil pour l’éducation et la santé plutôt que l’envoi de militaires et d’armes), de respecter le droit à l’autodétermination des peuples et de mettre fin aux politiques d’ingérence qui déstabilisent de nombreux états (notamment ceux qui disposent de ressources naturelles dont nos économies énergivores sont dépendantes).

Il s’agit parallèlement de lancer chez nous un programme large dans les écoles de formation à la tolérance (qui mette notamment en avant combien notre société est riche de la diversité de celles et ceux qui la constituent) pour éviter que ces fanatiques ne pénalisent les Belges musulmans. Force est de constater que peu est fait pour lutter contre les phénomènes d’exclusion (par exemple un plan de lutte contre les discriminations à l’embauche ou pour l’accès à des biens locatifs) qui conduisent à des césures dans notre société.