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Son quota de 45 nuitées à l’abri de nuit avait été atteint” : voilà l’explication de la mort de cette personne sans abri selon les autorités namuroises, qui précisent que la ville de Namur et la Région wallonne auraient seulement “soutenu” un quota “souhaité par les travailleurs sociaux afin de pousser les sans-abri à se réinsérer”

On s’étonne de voir les travailleurs sociaux namurois disposer d’un pouvoir tellement grand que M. Maxime Prévot, le bourgmestre de Namur, M. Philippe Defeyt, le président de son CPAS et vice-président de la Fédération des CPAS wallons, et… M. Maxime Prévot, le ministre wallon de l’Action sociale, n’ont pu que “soutenir” leur prétendue volonté de quotas.

Sont-ce également “les travailleurs sociaux” qui ont voulu instaurer le règlement anti-mendicité namurois en grande partie retoqué par le Conseil d’Etat le 6 janvier dernier ?

La loi sur le droit à l’aide sociale, l’obligation d’assistance à personne en danger ont-elles été respectées ? Pour VEGA, il est sain que la Justice namuroise ait déclenché une instruction visant à établir les causes et les responsabilités de ce décès.

Avant de s’intéresser aux pratiques des autres grandes villes, M. Prévot doit s’interroger sur les siennes propres.

Monsieur Prévot ne répond en effet pas aux questions que pose ce décès lorsqu’il annonce un topo des règlements en application dans les abris de nuit des autres grandes villes wallonnes”. Ces “quotas” sont contraires à notre Constitution, dont l’article 23 établit que Chacun a le droit de mener une vie conforme à la dignité humaine” et garantit “les droits économiques, sociaux et culturels”, parmi lesquels le droit à la sécurité sociale, à la protection de la santé et à l’aide sociale, médicale et juridique” et “le droit à un logement décent”.

Il est indigne de justifier des limitations d’accès à un abri de nuit par la volonté de motiver les personnes sans abri à se ré-insérer. La réinsertion passe précisément par le relogement, pas par l’exclusion des abris de nuit ! CDH, MR et Ecolo ne peuvent pas avoir cru que 45 nuitées suffisent à remettre debout une personne qui vit généralement “la tête sous l’eau” depuis des mois, voire des années. Ils ont délibérément accepté que soit limitée la prise en charge des personnes pauvres et instauré un “carrousel” parmi elles. Le décès survenu récemment ne résulte ni d’un malheureux hasard, ni d’un dysfonctionnement exceptionnel. Il concrétise un risque que la majorité politique namuroise a pris en connaissance de cause. Les communes sont aujourd’hui lourdement touchées par les politiques d’austérité.  Les autorités namuroises ne sont certainement pas seules responsables du drame qui survient mais elles portent leur part de responsabilité, notamment parce qu’elles ont choisi de “gérer la misère” résultant de ces politiques plutôt que de les dénoncer. Parfois, à d’autres échelons de pouvoir,  les formations de la majorité namuroise ont même participé à la mise en place des politiques anti-sociales ayant entraîné ce drame. Par exemple, en ratifiant le traité austéritaire européen (TSCG), qui impacte gravement les budgets des communes et des CPAS.

Pour le Mouvement VEGA, les questions qui se posent à la suite de ce drame sont notamment les suivantes :

– Sur quelle base le quota de 45 nuitées a-t-il été décidé et par qui ?

– Pourquoi une personne sans abri s’est-elle vu appliquer mécaniquement ce quota alors qu’elle présentait, selon les informations rapportées par la presse, des pathologies la fragilisant encore davantage ?

– Quelle a été l’action du Centre public d’action sociale de Namur à l’égard de cette personne ? L’aidait-il et depuis combien de temps ? Lui avait-il proposé une aide médicale et pharmaceutique ? L’avait-il accompagné dans la recherche d’un logement ou d’une solution transitoire, s’était-il engagé à l’aider à payer son premier loyer et à constituer sa garantie locative ?…

Avant de prétendre réglementer, depuis son ministère wallon, les pratiques en vigueur dans les autres villes, M. Prévot doit faire la lumière sur le drame survenu dans la nuit du 6 au 7 mars. Si l’enquête en cours confirme que la politique sociale qu’il conduit à Namur fait partie de ses causes, il devrait avoir la décence de démissionner de son poste de ministre de l’Action sociale pour toute la Wallonie. De même, la responsabilité politique de M. Defeyt est engagée s’il s’avère que le CPAS de Namur n’a pas rempli ses missions légales à l’égard de la personne décédée. L’incidence catastrophique des politiques fédérales et régionales sur les moyens des CPAS n’excuse pas qu’une personne faisant partie du “public-cible” le plus prioritaire du CPAS de Namur (une personne sans abri et malade) décède dans des circonstances aussi dramatiques.

Redévelopper le logement public, répartir le temps de travail, augmenter le salaire minimum et retirer les mesures d’exclusion du chômage

Ce drame est aussi, sinon d’abord, un drame de la pauvreté.  Les “Rouges et verts” rappellent qu’en Wallonie, 1 personne sur 5 (1 enfant sur 4) vit aujourd’hui sous le seuil de pauvreté et que même disposer d’un emploi rémunéré n’y protège plus contre la pauvreté.

Pour l’autorité publique, assurer un logement décent à chacun(e) est donc plus que jamais essentiel. A quand un ré-investissement wallon dans le logement public, formidable opportunité de planification écologique dopant et l’emploi et les filières de construction à faible empreinte écologique ? En Wallonie, les logements publics ne représentent que 8 % des logements, contre 17 % en France, 24 % en Allemagne, 26 % en Angleterre et même 36% aux Pays-Bas.

En outre, la construction de logements sociaux publics a fortement baissé ces 30-40 dernières années.  En 1950, on en bâtissait en Belgique 7.000 par an, au début des années ’70, 15000… On en est aujourd’hui, péniblement, à quelques milliers par an dont moins de 1.000 en Wallonie. Conséquence : en Région wallonne, plus de 40.000 candidats-locataires (répondant aux critères pour accéder à un logement social) patientent pendant 6 ans en moyenne sur une interminable liste d’attente. Le pourcentage de logements existants, mais non occupés car nécessitant des rénovations est passé en Wallonie de 2.2% en 1999 à plus de 5% aujourd’hui (soit environ 5.000 logements sur les 101.418 logements sociaux que comptait la Wallonie).

A quand une lutte enfin volontariste contre les causes de la grande pauvreté, en commençant par le retrait des mesures d’exclusion des chômeurs pratiquées par l’ONEm, puis par les CPAS depuis janvier 2015 ? A quand le respect du droit au travail via la répartition collective du temps de travail avec embauche compensatoire et sans réduction de salaire ?  A quand une lutte effective contre les inégalités croissantes via notamment une hausse du salaire minimum ?

Le drame de Namur risque malheureusement d’en préfigurer d’autres si l’on n’en finit pas le plus rapidement possible avec les politiques de soumission de l’ humain aux logiques de profit et au productivisme.   Pour le Mouvement VEGA, qui a manifesté le 26 juin à Namur contre le règlement anti-mendicité et y a pris part, le 17 octobre, aux activités organisées dans le cadre de la Journée mondiale contre la pauvreté, les  acteurs locaux (élus, mouvements citoyens, secteur associatif,…), qui sont en première ligne pour constater les conséquences de ces politiques, ont un rôle essentiel à jouer dans la nécessaire résistance sociale qui se fait jour.

 

Pour le secrétariat fédéral, Vincent Decroly et Pierre Eyben, avec la régionale de Namurn