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Communiqué de presse, lundi 10 février 2014

Ce lundi matin, la direction du groupe verrier japonais AGC a annoncé lors d’un conseil d’entreprise extraordinaire son intention de fermer le site d’AGC à Roux et d’entamer une procédure de licenciement de la totalité du personnel (procédure Renault). 190 emplois sont en jeu. La raison de cette fermeture est limpide: AGC n’est pas en mesure de répondre à la concurrence chinoise.

Cette usine ne fabrique pas un produit anodin puisqu’il s’agit de verre pour les panneaux solaires, un produit de l’économie verte et de haute technologie, soit précisément le type d’activité sensé nous sortir de l’ornière actuelle. Ce nouveau drame social montre que tous les plans Marshall, « point vert » ou pas, n’inverseront pas la désindustrialisation en cours si l’on ne se donne pas les moyens de combattre la mise en concurrence des travailleurs au niveau mondial. En Chine, le salaire moyen est de 300 euros par mois. Le capitalisme vert du gouvernement wallon ne fonctionne pas. La course à la productivité et les attaques répétées contre les salaires (la part des salaires dans la richesse produite à baissé de 12% dans notre pays) sont d’une violence inégalées, mais elles ne « suffisent » aucunement à assurer la pérennité de nombreuses productions qui, une à une, sont délocalisées (sidérurgie, textile, photovoltaïque, automobile,…).

Dans ce contexte, pour le Mouvement VEGA, il est temps de constater que la véritable écologie consiste à empêcher que soit délocalisée notre industrie, et acheminés depuis l’autre bout de la planète les produits que nous utilisons ici. Dans le même temps qu’elle ne cesse de restreindre la libre circulation des femmes et des hommes, l’Union européenne érige en vertu cardinale la libre circulation des marchandises. Il est temps de stopper cette logique mortifère.

Parce que d’un même élan, nous ne voulons ni de la casse sociale ici, ni de l’exploitation de travailleurs dans des conditions indignes en Europe ou ailleurs dans le monde, nous proposons que soit enfin mise en débat une idée simple qui permettrait de relocaliser l’activité économique dans un cadre de solidarité avec les travailleurs aujourd’hui exploités : le protectionnisme social et solidaire.

Concrètement, il conviendrait de réinstaurer aux frontières de l’UE (et à défaut, aux frontières de notre pays) des taxes sur les produits fabriqués dans des conditions socialement et écologiquement inacceptables. Il s’agit par exemple des pays ou la liberté syndicale n’est pas acquise, des pays qui autorisent le travail des enfants, des pays qui paient leurs travailleurs sous le seuil de pauvreté, etc.

Par ailleurs, il est plus que temps qu’une évaluation sérieuse du coût social et environnemental du transport sur de longues distances des marchandises soit effectuée. A cet égard, la décision politique de faire de la logistique un pôle de compétence au niveau wallon ne peut que poser question. En tirant à la baisse le coût du transport de marchandises, on crée quelques milliers d’emplois peu qualifiés dans la manutention, mais on détruit de nombreux emplois qualifiés dans les productions industrielles et agricoles locales, on livre des milliers de travailleurs à la logique esclavagiste du dumping social, et on amplifie encore davantage les conséquences environnementales et sanitaires dramatiques du transport de marchandises « à flux tendu ».

Pour le mouvement VEGA, un retour à une économie de l’utile, basée sur l’humain d’abord, nécessite une refonte de la logique industrielle actuelle. Le protectionnisme social et solidaire constitue assurément un levier indispensable en ce sens. Nous nous battrons pour le populariser et tenter de le mettre en œuvre.