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Ainsi que l’annonçait dès samedi le journal l’Echo, les recettes liées à l’impôt des personnes physiques (IPP) perçu par le Fédéral sont en baisse.  En conséquence, les additionnels reversés aux entités fédérées (25%) baissent également générant un trou budgétaire de l’ordre 750 millions d’euros, dont environ 250 à 300 millions pour la Wallonie et plus de plus de 100 millions pour la Région de Bruxelles-Capitale.

Si l’on doit s’interroger sur le fait que les régions, ne prélevant pas elles-mêmes l’IPP, sont aujourd’hui démunies pour contrôler sa perception et donc pour planifier correctement leur budget, cette baisse n’est toutefois pas une surprise.  Premièrement parce que les politiques d’austérité actuelles ciblent quasi exclusivement les revenus du travail (lesquels sont bloqués) et causent une hausse du taux de chômage (faisant baisser la masse salariale imposable).  Deuxièmement en raison de l’action conjuguée d’une baisse de la progressivité de l’IPP et d’une augmentation des écarts de revenus.  Ceci signifie que les riches sont de plus en plus riches et qu’ils contribuent moins à l’effort de solidarité national.

Concernant la progressivité de l’IPP, il est bon de rappeler que la Belgique a connu, jusqu’en 1988, 12 tranches d’imposition allant jusqu’à 71,2%. On est ensuite passé à 7, puis à 5 en 2002 lorsque Didier Reynders, dans une coalition MR-Ecolo-PS (au sein de laquelle PS et Ecolo étaient majoritaires), a supprimé les tranches supérieures de 52,5% et 55%. Ces réformes successives ont largement altéré la progressivité de l’impôt qui est pourtant un principe fondamental de justice fiscale.

Concernant les écarts de revenus, la tension salariale en Belgique, tout comme en France, demeure dans la moyenne basse de l’Europe. Toutefois, l’écart de salaire avec les top-managers ne cesse lui de croître. A titre d’exemple, le salaire des «grands patrons» a augmenté en 2013 de 11,2% (leur rémunération moyenne s’établissant à 2,196 millions d’euros) contre à peine 1,61% d’augmentation pour le salaire moyen des Belges.

Le fait de repenser la fiscalité dans son ensemble est évidemment la première et la plus logique des réponses à cette situation. Le mouvement VEGA prône notamment une globalisation des revenus afin de taxer à leur juste mesure les revenus du capital, une plus grande progressivité de l’IPP afin de faire contribuer davantage les plus hauts revenus, ou encore l’instauration d’un revenu maximum autorisé. Mais un chantier de cette ampleur s’il est nécessaire ouvre un débat au niveau national et européen qui semble bloqué dans le rapport de force politique actuel.

Par contre, les Régions disposent, aujourd’hui et en toute autonomie, d’un outil afin d’agir sans plus attendre. Suite à la sixième réforme de l’Etat, elles ont en effet désormais la possibilité d’établir, sur l’impôt fédéral, des additionnels différenciés par tranche d’impôt. Ainsi, la Wallonie et Bruxelles peuvent instaurer une plus grande progressivité de l’impôt sur les personnes physiques par le biais d’additionnels ciblés sur les tranches supérieures de l’IPP.

Pour le mouvement VEGA, les gouvernements wallons et bruxellois doivent cesser de faire semblant d’être obligés de subir les choix du fédéral. Ils doivent en protéger leurs contribuables les plus faibles et restaurer une contribution plus juste des plus riches. Il s’agit d’une urgence car l’injustice fiscale est en Belgique criante : les familles belges les plus modestes paient proportionnellement plus d’impôts, notamment à cause de la fiscalité indirecte (qui fait contribuer au même taux tous les ménages) et du plafonnement des cotisations sociales (évidemment favorable aux plus riches).