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L’UE et la Turquie viennent de passer un accord concernant les réfugiés contraints de fuir la guerre dans leurs pays (Afghanistan, Iraq et Syrie notamment). Il fera date car il marque deux choix d’importance posés par l’UE : d’une part, celui de l’illégalité et, d’autre part, celui de l’ignominie. L’Union est en train de rompre avec toute prétention humaniste, qu’elle remplace comme marqueur du projet européen par un égoïsme forcené.

Un demandeur d’asile qui entre pour la première fois dans un pays de l’Union n’est JAMAIS un migrant en séjour illégal (même s’il entre sans papiers d’identité, ni visa, ni passage par un poste de contrôle frontalier). La Convention de Genève impose à tout Etat de la planète de recevoir et d’examiner individuellement, sur la base des critères minimaux qu’elle détermine, la demande de tout demandeur d’asile. Avec l’accord qui vient d’intervenir, l’UE prend à contre-pied cette règle fondamentale du premier accueil. Elle institue un principe de refoulement vers la Turquie. C’est illégal, radicalement contraire au principe de non-refoulement consacré par la convention en son art. 33 (comme par d’autres textes-clés en droit international).

La notion de “pays sûr” invoquée dans cet accord est éminemment discutable au regard de la règle de l’examen individuel (qui doit avoir lieu, quel que soit le pays dont le demandeur a la nationalité). Elle l’est davantage encore si c’est la Turquie qui est définie comme un “pays sûr”, alors que ce pays connaît des dérives autoritaires croissantes à l’égard de la presse et de l’opposition politique même élue, un binôme “provocation-répression” à l’égard des Kurdes, des violations massives des droits humains dans certaines régions, un rôle ambigu dans l’acheminement du pétrole finançant Daech, etc..

Tenter de faire passer ces mesures comme inspirées par un souci de solidarité avec la Grèce prêterait à sourire si, effectivement, la population grecque ne se trouvait pas déjà terriblement meurtrie par trois mémoranda ultra-austéritaires imposés par l’UE.

La propagande de DAECH renforcée

Les mesures de l’accord UE-Turquie seront reçues “cinq sur cinq” par Daech pour renforcer encore son implantation au sein des populations sinistrées par la guerre. En condamnant des dizaines de milliers de familles à la mort sous les bombes ou la torture, à la noyade, à l’errance ou à la stagnation à durée indéterminée dans des camps, l’UE viole radicalement les valeurs humanistes et démocratiques qu’elle prétend placer au coeur de son projet. Plus ce qu’elle met en oeuvre est aux antipodes de ces valeurs, plus il devient facile de les disqualifier et d’en détourner au profit du Djihad celles et ceux qui, hier encore, faisaient fleurir au risque de leurs vies les “printemps arabes”.

Signée au niveau onusien en 1951, la Convention de Genève oblige ses Etats signataires à assurer aux réfugiés un niveau de protection sous lequel il leur est interdit de descendre. La Belgique doit revenir à un respect scrupuleux de cette convention, notamment à l’égard des réfugiés de guerre. Pour le mouvement VEGA, le gouvernement belge doit dénoncer l’accord UE-Turquie de ce 18 mars, qui viole le principe de non-refoulement et organise la déportation de dizaines de milliers de réfugiés de guerre vers un pays non sûr. Les autorités européennes doivent sanctionner les Etats membres qui violent la convention de Schengen en fermant leur frontière aux réfugiés (le droit d’asile doit devenir l’une des “règles d’or” de l’Union), assurer la répartition, au départ de la zone où ils se trouvent, de tous les réfugiés bloqués actuellement ou arrivant en Grèce ou dans d’autres Etats frontaliers de l’UE, reconvertir vers des programmes d’insertion professionnelle des réfugiés les milliards consacrés aujourd’hui à la militarisation des frontières de l’Union via Frontex et investir dans une solution diplomatique du conflit en Syrie (en commençant par sortir de l’ambiguïté à l’égard des puissances régionales qui alimentent l’idéologie et les finances de Daech).

Liban : 1 réfugié sur 3 habitants – Allemagne : 1 sur 80 – Belgique : 1 sur 333

Au regard des plus de 4 millions de réfugiés syriens accueillis par le Liban (où 1 habitant sur 3 est à présent un réfugié syrien), la Jordanie et la Turquie principalement, l’UE est très loin de la contribution attendue de l’une des premières puissances économiques du monde. La Belgique aussi : l’Allemagne, qui compte 80 millions d’habitants, a accueilli 1 million de réfugiés en 2015 (soit 1/80ème de sa population, 1 demandeur d’asile pour 80 habitants). En 2015, 31285 demandeurs d’asile ont pu introduire leur requête en Belgique (3 demandeurs d’asile pour 1000 habitants, 1 pour 333 habitants) (source : rapport annuel 2015 de l’Office des étrangers) Si la Belgique s’était comportée comme l’Allemagne, elle en aurait inscrit 137500 (1/80ème de 11 millions). Souvenons-nous que la Belgique figure au top 5 mondial des pays les plus riches en termes de patrimoine net par habitant (Source).

Dans ce contexte de repli égoïste, le gouvernement belge a récemment expulsé vers Kaboul Hamed KARIMI, qui avait pris le risque de sortir de la clandestinité et de porter la parole des sans-papiers (y compris dans ses nombreux contacts avec les autorités belges). Cette expulsion n’est pas seulement déloyale, elle discrédite la parole politique (en tout cas celle du gouvernement fédéral).

Attachés à un véritable humanisme, nous rappelons aux responsables politiques la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme dont ils se réclament (souvent et à peu de frais). En son article 14.1, elle stipule que “devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l’asile en d’autres pays”. Internationalistes, nous sommes bien entendu favorables à un projet européen construit sur la valeur solidarité, outil de paix et de liberté contre les coups de boutoir du capitalisme et du productivisme. Mais l’UE est toujours plus loin de cette Europe-là. Les résultats honteux de ce sommet nous confortent dans notre volonté de refonder le projet européen sur des bases  sociales, écologiques et humanistes.