Communiqués
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Le mauvais feuilleton de l’été est arrivé à son terme en même temps que s’installe doucement la grisaille de l’automne. Il est difficile pour le mouvement VEGA d’isoler des éléments de l’accord de gouvernement fédéral qui suscitent notre opposition tant tout ce que propose la droite kamikaze est à l’opposé de notre projet politique.  Il n’y a rien dans ce projet qui prépare notre avenir. Rien qui tienne compte des réalités sociales et environnementales qui nous imposent d’avancer résolument vers un nouveau pacte social clairement solidaire et respectueux de la biosphère de laquelle nous dépendons tous.

Au contraire, il poursuit et aggrave les lignes mortifères qui pénalisent de plus en plus les plus faibles de notre société tout en pesant de façon encore accrue sur les ressources naturelles qu’il nous faudrait pourtant de toute urgence préserver comme le montre les dernières études du GIEC ou encore le dernier rapport du WWF.

Quelques exemples qui  nous paraissent particulièrement dangereux:

–        Le recul de l’âge de la pension légale à 67 ans à l’horizon 2030.  Les kamikazes reprennent à leur compte l’idée selon laquelle l’allongement de l’espérance de vie serait une donnée nouvelle justifiant de reculer l’âge de la pension. Il est pourtant totalement inexact de considérer qu’il y aurait aujourd’hui une donnée nouvelle.  Si l’on ne regarde que depuis le lendemain de la seconde guerre mondiale, l’allongement de la durée de vie a été constant partout en Europe, et la part du PIB allouée aux retraites par répartition a crû pendant de nombreuses années sans que cela pose de problème.  En Belgique, la part des dépenses de pensions (dans l’ensemble des dépenses de sécurité sociale qui sont stables en pourcentage du PIB depuis plus de 30 ans) est restée assez stable depuis 1970 et connaît même une diminution depuis 2000.  Aujourd’hui, les démographes nous annoncent un gain de 5,5 années d’espérance de vie d’ici 60 ans, chiffre qui au regard de certaines études récentes pourrait encore décroître en raison de l’impact croissant des grandes pollutions (sols, air, eau,…) sur notre santé.  Bref, rien de spectaculaire contrairement à l’idée véhiculée avec force.   En Belgique, le Comité d’étude sur le vieillissement estime à 3,7 % du PIB le coût budgétaire du vieillissement d’ici 2030 (dont une grande part liée non aux pensions mais aux soins de santé), soit 0,18 % par an. D’un côté un coût de la crise de 12,4 % du PIB en 3 ans ; de l’autre un coût du vieillissement de 3,7 % de PIB en 30 ans. Une hausse de 0,18% par an, c’est également bien moins que l’augmentation conjecturée de la productivité sur la même période. Car c’est bien là une donnée centrale qu’écartent les kamikazes, un travailleur produit aujourd’hui 2,6 fois plus de richesse qu’en 1970 ce qui fait bien plus que compenser l’augmentation du coût des retraites. Mais ces gains de productivité ne sont pas affectés à une redistribution sociale mais à la rétribution de plus en plus honteuse du capital. Le grand changement n’est donc pas démographique, il est idéologique. Alors que l’âge réel de départ à la retraite est de moins de 60 ans, en reculant l’âge légal de la retraite on augmente le nombre d’années de cotisation et l’on va donc baisser le niveau des retraites.

–        Le renforcement de la retraite par capitalisation (second pilier). Outre que leur concept repose sur un mythe (le fait que la Bourse pourrait augmenter plus vite que l’économie réelle et ce de manière durable), les systèmes de retraite par capitalisation sont en fait très coûteux. Il faut (grassement) rémunérer les courtiers et autres intermédiaires qui s’occupent sur les marchés financiers d’acheter et de vendre les titres. Ces coûts sont estimés à pas moins de 20% du montant de la retraite alors que dans un système par répartition, géré via l’administration publique, les coûts de gestion sont minimes, de l’ordre de 2%. Voilà donc un système public et centralisé qui est 10 fois plus efficace qu’un système privé et concurrentiel et que la droite qui n’a de cesse de parler d’efficacité se propose d’affaiblir. Mais la plus odieuse des conséquences du système par capitalisation est qu’il transforme de facto chacun de ses bénéficiaires en adversaire des travailleurs et du progrès social. Lorsque, faute d’alternative, un travailleur place son argent (ou plus exactement voit une partie de son salaire indirect placé) en Bourse pour améliorer sa retraite, il se retrouve de fait du côté des fonds de pension qui mettent une pression terrible sur les entreprises pour qu’elles leur versent toujours plus de dividendes, notamment en licenciant et en n’augmentant pas les salaires.

–        L’annualisation du temps de travail et le déplafonnement des heures supplémentaires (notamment dans le secteur Horeca). Plusieurs études récentes montrent combien la productivité a des conséquences funestes sur la santé des travailleuses et des travailleurs, singulièrement au-delà de 55 ans.  Ainsi, pas moins de 450.000 Belges sont-ils en incapacité de travail de longue durée, en raison notamment d’une explosion du nombre des maladies musculo-squelettiques ainsi que d’une augmentation importante des troubles psychiques et sociaux comme le « burn-out ». Plutôt que de ralentir et de partager le travail, alors même que dans le même temps plus de 15% de Wallons et 20% de Bruxellois sont par ailleurs sans emploi, les kamikazes proposent d’augmenter encore la pression pesant sur les travailleurs, envoyant, il faut oser le dire, à la mort au nom du profit un nombre certain de nos concitoyens. Cette logique est aussi absurde que mortifère.

–        Le saut d’index.  On a beau lui donner tous les qualificatifs que l’on veut, un saut d’index (et celui-ci n’est pas le premier malheureusement) est ni plus ni moins qu’un transfert de richesse de la poche des travailleurs dans celle du capital. La part des salaires (direct et indirect) dans la richesse produite a baissé (au profit du capital) de plus de 12% en Belgique entre 1980 et 2007 s’établissant désormais autours de 50%. Cela représente environ 40 milliards d’euros sortis de la poche des travailleurs.  Ce nouveau saut d’index va amplifier cette baisse.

–        Les baisses de « charges » patronales.  Au nom de la compétitivité, la Belgique et ses voisins sont engagés dans une course folle qui consiste à comprimer les salaires et à diminuer les contributions du secteur privé au salaire indirect des travailleurs et à la collectivité.  Les réductions des cotisations patronales et subventions salariales sont déjà passées de 1.325 milliards en 1996 à 10.876 milliards en 2012.  Les kamikazes proposent de consacrer plus de 3 milliards d’euros supplémentaires à cette folie.  Nous estimons que cette « logique » ne peut conduire qu’à une précarisation généralisée.  La course à la productivité ne pourra longtemps encore compenser la mise en concurrence mondiale des travailleurs qui est le fruit de la logique ultra-libérale.  Nous proposons au contraire de préserver et de renforcer notre modèle social, en protégeant celles et ceux qui produisent dans des conditions socialement et environnementalement favorables, et ce en instaurant un protectionnisme social et solidaire.  Pour ce qui est de la fiscalité, VEGA propose par ailleurs d’aligner progressivement la fiscalité sur les revenus du capital sur celle sur les revenus du travail, notamment en augmentant les impôts sur les dividendes distribués par les sociétés, et en instaurant une imposition sur les plus-values à long terme sur les revenus du capital (aujourd’hui inexistante en Belgique contrairement aux USA 19,1% où à la G-B 28%) à hauteur de 25%.

–        Service d’intérêt général pour les sans–emploi. La dégressivité ainsi que les exclusions actées sous le précédent gouvernement sont confirmées et renforcées. Les kamikazes passent en outre à l’étape suivante dans la stigmatisation des personnes sans-emploi en instaurant deux demi-jours par semaine de « service d’intérêt général » pour les chômeurs de longue durée.  Vu le lien entre la dégressivité des allocations et l’acceptation de ces travaux, il s’agit ni plus ni moins que l’instauration de travail forcé.  Le travail est un droit reconnu dans notre Constitution ainsi que dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, un droit qui aujourd’hui est pourtant refusé à plus de 26 millions de personnes dans l’UE.  En Wallonie, sans même questionner la nature des emplois, le rapport entre le nombre de demandeurs d’emplois et celui de postes vacants variait (avant la crise actuelle qui a aggravé la situation) entre 10 et 34 (selon les modes de calcul). Alors que la pression est maximale sur celles et ceux qui ont encore un emploi, stigmatiser les demandeurs d’emploi est une façon de faire pression sur les travailleurs en agitant l’idée d’une « armée de réserve » prete à prendre la place des travailleurs les moins conciliants.  Si des travaux d’intérêt général existent (et c’est le cas alors que l’on a détruit des dizaines de milliers d’emplois dans le secteur public), alors il convient de rémunérer et d’offrir un véritable statut à celles et ceux qui les accomplissent.  Et il convient de la part de la collectivité (et donc des entreprises) de financer ces emplois.

–        Le choix de l’énergie nucléaire. Outre la prolongation de 10 ans des centrales nucléaires de Doel 1 et Doel 2 jusqu’en 2025, les kamikazes ont ouvert la porte à la création d’une nouvelle centrale sur le territoire belge. Alors que l’accident de Fukushima a cruellement rappelé les risques du nucléaire (fut-ce dans un pays dit « développé »), alors que plusieurs études ont démontré que nos centrales vieillissaient mal (présence de micro-fissures notamment), les kamikazes font le choix d’une énergie dangereuse et du profit à court terme. Ce faisant, outre le fait qu’ils mettent en danger notre sécurité, ils hypothèquent lourdement une transition résolue vers les énergies renouvelables et un usage rationnel de l’énergie.

–        Le détournement de la politique de coopération au développement. Déjà questionnable dans certaines de ses modalités actuelles, la politique de coopération est détournée de son objet et instrumentalisée au profit de politiques visant la « lutte contre le terrorisme », la migration et la politique en matière de climat comme la stimulation du secteur privé « par le biais notamment de l’amélioration du climat d’investissement dans les pays partenaires ».

Outre ce qui se trouve dans cet accord de gouvernement et qui va lourdement impacter notre existence au quotidien, il faut évidemment noter ce qui ne s’y trouve pas alors que ce serait vital : la suppression des intérêts notionnels et l’introduction d’une fiscalité plus juste (notamment progressivité de l’IPP et imposition du capital), la réduction collective du temps de travail comme alternative première au problème du chômage structurel et conséquence logique des gains de productivité, mais aussi et peut-être surtout toutes les mesures indiquant qu’on a enfin pris en compte les enjeux climatiques et la nécessaire protection de la biodiversité.

En matière énergétique, de réchauffement climatique, de préservation de la biodiversité, des normes de produits,  par exemple, le futur gouvernement fédéral botte en touche vers les Régions et l’Europe, sauf pour le nucléaire dont nous connaissons pourtant tous non seulement l’extrême dangerosité mais encore l’incapacité à assurer un approvisionnement énergétique stable.  Le nouveau gouvernement  ne définit rien mais viendra en soutien des politiques définies ailleurs. Il ne prend aucune initiative mais prévoit de s’aligner sur les politiques définies ailleurs. Bref il n’entreprend rien pour assurer notre avenir commun.  Rien pour laisser la Terre se reposer en prenant des engagements pour maintenir un maximum de réserve d’énergies fossiles dans le sol ; rien pour accélérer le développement et la transition vers des énergies alternatives renouvelables ; rien pour éviter l’obsolescence programmée et encourager la production et la consommation de produits locaux et durables ; rien pour réorienter nos  politiques agricoles vers la souveraineté alimentaire ; rien pour se diriger vers une stratégie  zéro déchets ou pour la rénovation des bâtiments dans le but de réduire les consommations d’énergie liées au chauffage ; etc. Il attend

Si les mesures phares annoncées par le gouvernement kamikaze en formation constituent une rupture par leur tonalité et leur radicalité, elles ne constituent par contre par une rupture par rapport aux orientations des précédents gouvernements, et notamment le précédent dirigé par Elio Di Rupo.  Une série de constantes doivent être constatées : absence de mesures (singulièrement fiscales) pour contrer le glissement du travail vers le capital dans la répartition des richesses produites, économies massives dans les secteurs de l’éducation, de la culture et des services publics, absence de réflexion sur la logique productiviste et sur ses conséquences environnementales et sociales.

De façon imagée, l’on peut dire que l’on passe du nœud papillon au nœud coulant mais que toujours l’on prend la population à la gorge plutôt que de remettre en question la logique économique actuelle.

Partout où elles ont été appliquées, ces mesures « austéritaires » ont eu deux conséquences : aggraver la crise et accroître les inégalités, la pauvreté et la destruction de la biosphère. Au plus nous trainerons à tenir compte des limites planétaires pour ajuster nos politiques économiques, au plus nous nous enfoncerons dans une impasse désastreuse comme le montrent à souhait suffisamment d’études.

Pourtant, c’est dans cette direction et avec une force décuplée que les kamikazes nous « proposent » d’aller. En prime, on a nommé ministres pour mettre en œuvre cet indigeste programme certaines personnes, singulièrement mais pas exclusivement de la NV-A, ayant fait étalage de propos racistes ou de complaisance coupable à l ‘égard des pires idéologies.

Avec d’autres, modestement mais résolument, le mouvement VEGA entend continuer de dire et de montrer qu’une autre voie est possible. Notre mot d’ordre sera simple et résolu : résistance !