Communiqués
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Après la mise en place du Pacte Europlus, du semestre européen et du Six-Pack retirant la compétence fondamentale de décider de l’impôt et de son usage aux élus directs des Etats-membres, après l’adoption du TSCG (traité sur la stabilité et la gouvernance) et de son article 3 constitutionnalisant les politiques « austéritaires », après le rejet par la Commission européenne de la pétition de plus d’un million de signataires demandant une consultation populaire européenne sur le TTIP (traité transatlantique), voici que la BCE (Banque centrale européenne) essaye de paralyser l’Etat grec pour empêcher le gouvernement Tsipras de mettre en œuvre le programme sur lequel il vient d’être élu.  Comment lire autrement sa décision de ne plus accepter de titres de la dette grecque comme garantie de la part des banques qui souhaitent obtenir un prêt auprès d’elle ? Le nouveau gouvernement grec est à peine installé et la négociation qu’il a l’intention de mener sur la dette publique de la Grèce n’a même pas encore débuté.

Ne le perdons pas de vue : la BCE est une institution non élue dirigée par Mario Draghi. De 2002 à 2005, celui-ci était vice-président de la branche européenne de la banque d’affaires Goldman-Sachs, et s’occupait de la gestion des dettes souveraines. Il aida les partis qui viennent d’être rejetés dans l’opposition à trafiquer les comptes publics grecs. Ce que tente la BCE, c’est un putsch scandaleux contre le choix du peuple grec de porter aux commandes de son Etat un parti ayant pour programme de redresser son économie par d’autres voies que l’étouffement économique et social de sa population.

On peut désormais affirmer sans le moindre doute que nous vivons en ce moment un véritable changement de régime en Europe. Nous glissons de plus en plus vers un régime que l’on peut qualifier de “post-démocratique” : si nous conservons bien les apparences d’une démocratie par la régularité de nos élections nationales, force est de constater que les élus sont de plus en plus dépouillés du pouvoir réel d’exercer le mandat qu’ils obtiennent dès lors que celui-ci va à l’encontre des prescrits ultralibéraux.

Ce qui vient de se produire avec la Grèce devrait interpeller et mobiliser tous les peuples d’Europe. L’expérience grecque ouvre une brèche dans la doctrine antisociale européenne et nous devons tout faire pour qu’elle puisse se mener librement et s’étendre à toute l’Europe. Ceci est d’autant plus vital que les politiques d’austérité appauvrissent les populations, alourdissent l’empreinte écologique des activités humaines et montrent un peu partout en Europe qu’elles aggravent les problèmes au lieu de les résoudre – un nombre croissant d’économistes, dont plusieurs prix Nobels d’économie, le dénoncent.

Si l’apurement de la dette publique grecque n’est pas en vue avant plusieurs générations, le réalisme dont se prévalent volontiers MM. Michel et Reynders commande la négociation, pas le jusqu’au-boutisme. Pour le Mouvement VEGA, ils doivent rappeler à nos 27 partenaires, y compris à Madame Merkel, que si l’Union européenne se met à mépriser le choix démocratique des peuples qui la composent, elle se condamne à une flambée des souverainismes les plus obtus, voire de l’extrême-droite.

Nous tenons à répéter notre soutien plein et entier à Syriza dans son combat contre les mesures imposées à la Grèce par la Troïka. Alexis Tsipras et Yanis Varoufakis sont à la recherche de solutions non seulement pour la Grèce, mais aussi pour les autres pays de l’Union, y compris le nôtre, où l’intégrisme « austéritaire » vient de priver de leur droit aux allocations des milliers de chômeurs en quelques semaines, et l’Espagne, où plus de 100 000 personnes ont manifesté samedi avec Podemos contre les recettes de la BCE, du FMI et de la Commission.

Pour VEGA, l’Union doit ouvrir d’urgence les chantiers que les Européens demandent depuis des décennies : planification écologique, relocalisation de l’économie, protectionnisme social et environnemental solidaire, répartition collective du temps de travail, salaire minimum européen et revenu maximal autorisé, promotion de l’agriculture paysanne,…

Le nouveau gouvernement grec nous rapproche de ces perspectives-là, alors que la BCE nous en éloigne.