Herve : cette leçon vaut-elle un fromage ?

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Une opinion de Marie-Claire Hames

Manger, se nourrir est un acte des plus basique, un acte de survie pour certains encore.

Dans nos régions nous n’avons aucun problème pour trouver de quoi manger et cela 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.

L’alimentation industrielle nous a dépossédés d’un savoir-faire et d’un savoir être ancestral remplis de bon sens ou alors avons nous, sans nous en rendre compte, accepté cette dépossession, par facilité ou modernisme de bon ton à une époque peu lointaine. A notre décharge le marketing, souvent agressif, est arrivé à culpabiliser celles et ceux qui refusaient le soi-disant « modernisme ».

C’est à partir de cette époque que l’on a vu fleurir des nouvelles pathologies…dites maladies de civilisation: obésité, diabète, dépendances alimentaires et autres troubles. De là à dire que la civilisation rend malade… il n’y a qu’un pas… que chacun franchira s’il le désire.

Mais il faut éviter de jeter le bébé avec l’eau du bain. Il est juste de dire que les risques sanitaires se sont réduits de manière drastique et cela grâce à un système de contrôles utiles et nécessaires. Mais ce système, s’il est adapté à l’alimentation industrielle, ne convient pas forcément à l’alimentation biologique, qui devrait être contrôlée en fonction de critères qui tiennent compte de sa spécificité : la biodiversité microbienne est capable de créer ses propres défenses (entre autres dans le cas de l’utilisation du lait cru), alors que l’aseptisation qui préside à l’industrie alimentaire, non seulement vide les aliments de nombreuses qualités naturelles, mais aussi les rend vulnérables à la contamination par les bactéries qui deviennent de plus en plus résistantes.

Faut-il sacrifier sur l’autel de l’hygiénisme des produits ancestraux, locaux, traditionnels qui font partie intégrante de notre culture alimentaire? Non. S’ils comportent des risques comme toute autre fabrication alimentaire, ils n’en comportent pas plus que les autres modes de production, ni de plus dangereux.

La récente « crise du Herve au lait cru » doit nous amener à réfléchir tous ensemble – producteurs, consommateurs, services de contrôle, législateur, vendeurs – à des solutions constructives afin de concilier « tradition » et « sécurité alimentaire ».

Il est indispensable de favoriser des productions bios, locales, régionales et de ne pas les sacrifier au nom de l’hygiénisme et d’une uniformisation voulue par certaines instances, certaines multinationales, certains bureaucrates ou responsables politiques influencés par des lobbies.

Que chacun puisse choisir ce qu’il désire manger, les modes de production qui lui conviennent, et la commercialisation via les circuits courts ou circuits longs, en connaissance de cause.

Que chacun possède les éléments de choix « éclairés »,  en fonction de son état de santé et de son budget.

Il est indispensable d’éviter une uniformisation de nos aliments…car toute uniformisation apporte un appauvrissement culturel, de savoirs et surtout une perte de pouvoir.

Un étiquetage informatif est indispensable sur les aliments dits à « risques » afin que chacun puisse en toute liberté poser un choix libre et conscient.

Sur le plateau … de Herve, puissions-nous déguster longtemps encore avec un pain complet « bio » et du sirop artisanal sans sucre, ce petit bout de patrimoine que constitue le fromage de Herve au lait cru !

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