Elections régionales en Allemagne du 13 mars 2016 : des résultats contrastés.

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Une analyse de Thierry Bingen

Les premières élections significatives en Allemagne depuis l’arrivée visible des réfugiés des guerres du Proche et Moyen Orient se sont tenues dans trois Länder dimanche dernier. L’attitude unique en Europe, et remarquable (même si l’on sait les problèmes de la démographie allemande), de la chancelière du gouvernement de coalition CDU-CSU/SPD laissait entrevoir la possibilité de résultats inquiétants. Malgré les titres simplificateurs de la grande presse quant à l’émergence brutale de l’AfD, qui confirmait ses prédictions, en partie auto-réalisatrices, les résultats sont contrastés pour chacune de ces régions.

En Sachsen-Anhalt (en ex-RDA), on n’est pas étonné que la percée xénophobe soit la plus forte: 24,2%, en deuxième position derrière la CDU qui ne recule que de 32,5 à 29,8%. La poussée xénophobe en Allemagne de l’est, où il ne se trouve pratiquement pas de réfugiés (ils ne sont pas fous), n’est incompréhensible que si l’on ne se rappelle pas du « programme » du NSDAP dans les années trente.  Nos amis de Die Linke, en troisième position, reculent plus sensiblement de 23,7 à 16,3%. Leurs voix ne se sont pas reportées sur les sociaux-démocrates puisque le SPD chute encore plus brutalement de 21,5 à 10,7%: c’est la raclée pour des gens qui, bien qu’au gouvernement fédéral, semblent avoir été bien absents du devant de la scène politique allemande chahutée de ces derniers mois. Enfin, on ne se consolera pas avec les résultats des Grünen qui s’effacent encore un peu plus, tombant de 7,1 à 5,1%. On ne pavoise donc certainement pas en rouge et vert…

Paysage fort différent en Rheinland-Pfalz (Rhénanie-Palatinat), où le SPD non seulement garde sa première place mais améliore un peu son score en passant de 35,7 à 36,2%. Ce Land ne semble pas se trouver dans le même pays que la Saxe-Anhalt. La CDU, même si elle reste en deuxième place perd des plumes en reculant de 35,2 à 31,8%. L’AfD surgit ici aussi de nulle part en raflant 12,6% des voix et s’installant en troisième place, avec donc un pourcentage moitié moindre de celui récolté en ex-RDA. Ce sont les Grünen qui se prennent un râteau ici, chutant de 15,4 à 5,3%. (Cohn-Bendit serait-il intervenu durant la campagne?) Les verts sont même dépassés par les libéraux du FDP qui repassent la barre en passant de 4,2 à 6,2%; on ignorait qu’ils existaient encore. Et enfin, nos amis de Die Linke, même en voisins directs d’Oskar Lafontaine, se sont fait encore plus invisibles, reculant de 3 à 2,8%. Les rouges et les verts sont donc encore moins bien mis qu’en Saxe, faute peut-être à l’absence pour les rouges d’anciens militants du “Parti” au coeur de l’Allemagne occidentale…

En Baden-Württemberg les résultats sont encore différents. Dans ce Land prospère (et coeur de l’industrie des grosses berlines grises), les Grünen progressent encore, passant de 24,2 à 30,3%. Non seulement le pouvoir n’y use pas mais il booste! L’AfD y fait une grosse percée en troisième position à 15,1%, un pourcentage entre Saxe et Rhénanie mais plus proche de cette dernière. L’origine de ses voix ne fait guère de doute quand y voit la double raclée que se prennent CDU et SPD: la CDU, qui dominait avec 39%, ne récolte plus que 27% pour s’accrocher en deuxième position; le SPD perd près de la moitié de ses suffrages, chutant brutalement de 23,1 à 12,7%, et en quatrième position. Enfin, même si on peut se réjouir des gains de Die Linke, ce n’est qu’un succès d’estime puisqu’il remonte de 2,8 à… 2,9%. Le rouge ne s’est pas joint au vert, ou peut–être ces derniers ont-ils siphonnés toutes les voix de “l’opposition”? Le FDP, ici plus présent, s’améliore de 5,3 à 8,3%; tous ses électeurs n’ont donc pas encore disparu, ou bien ceux-ci ont-ils été largement remplacés par des déçus de la CDU.

En conclusion, on voit que si le phénomène le plus inquiétant est bien le retour brutal de la droite ouvertement xénophobe sur la scène politique allemande, on constate aussi que CDU et SPD se sont assez également partagé la honte. Et malgré le succès toujours aussi curieux des verts en Bade, les rouges et les verts n’ont pas de grands motifs de pavoiser…

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